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October 4, 2013
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           Théâtre hors du temps




Aucun de nous ne vous dira
Ce qu'il s'est passé ce jour-là,
Avons-nous mérité cela?
Enfin, pourquoi sommes-nous là?



C'était un vieux jour, je crois,
En dix-sept cent cinquante-trois;
Un jour de juin ou de septembre,
Peut-être même de décembre.
Combien de temps a depuis lors
Fait le tour de ces cadrans d'or?
Nous sommes restés si longtemps
Abandonnés de tous les temps,
Si bien que ne se rendant compte
Ni plus des jours ni des années,
Nous avons perdu le décompte
De ce qui nous liait au passé.
Nous ne sommes plus que des ombres,
Spectres que pour rien au monde
On ne verrait quitter la ronde
Et que pourtant on vient en nombre
Regarder danser sur leurs tombes.
En tout endroit où ils s'arrêtent,
Nos fantômes marionnettes
Vont attirer hors de leurs combes,
Faire descendre de leurs monts,
Rassembler de toutes les plaines,
Des curieux qui pleureront
Sur des paroles toujours vaines.
A chaque représentation,
La fin reste sans exception
Aussi conforme et indigeste,
sans jamais retourner sa veste.
Médée tout autant que Jason
Refait encore et sans raison
Les erreurs et choix du passé
Comme à un premier essai.
En ce théâtre voyageur,
Cette tragédie de malheur,
Que nous jouons à l'infini
Alors que les siècles s'enchaînent,
Ne nous apporte plus qu'ennui
Menant nos cœurs à la gangrène.
Nous sommes simplement contraints,
Et nos esprits n'y peuvent rein:
Partir, quitter, fuir cet endroit
N'est seulement pas de nos droits.



Depuis ce jour, Médée me fâche,
Pourtant Médée n'y est pour rien:
Elle a elle aussi ses attaches,
Si semblables à mes liens.
Mon rôle est devenu mon nom,
Lequel est perdu à jamais;
Si souvent appelé Jason,
J'en ai oublié qui j'étais.
Et tous les autres comédiens,
Eux aussi tombés en disgrâce,
Pris dans cette pièce sans fin,
Ne songeant même à une grâce,
Sont devenus à mon image,
Prisonniers de leurs personnages.
Créon, Pollux, Jason, Médée,
Sans oublier, Créuse, Egée,
Six noms sur une même scène,
Six noms à jamais mis en scène.
Enfin à force de reprises,
Ce n'est plus une tragédie
Que nous présentons sans franchise,
Mais bien une plaisanterie:
Une éternelle pantomime
De similaires mascarades,
Voilà ce que sont nos abîmes,
Depuis le temps devenus fades.
Une histoire bien simple avec un groupe de six comédiens qui se trouvent coincés dans un théâtre à refaire la même représentation de Médée de Corneille jusqu'à la fin des temps, dans un théâtre qui bondit d'un lieu à l'autre, avec une représentation tous les mardi soirs et dont ils ne peuvent absolument pas s'enfuir...
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